La nouvelle Politique Agricole Commune (PAC 2028-2034) doit devenir l’oxygène des communautés rurales vivantes

LETTRE OUVERTE de Giorgos Karabatos, directeur exécutif de la Fondation « Routes de l’Olivier », organisme coordinateur de l’initiative ANIMA TERRA, et ancien président de la Chambre de commerce de Messénie (1998–2011)

Pour les petits villages, le soutien à la production ne suffit pas—il faut une politique globale de vie, de maintien et de régénération.

L’Europe ne peut pas parler de durabilité, de cohésion sociale et de résilience démographique tout en laissant disparaître silencieusement ses petits villages. Elle ne peut pas invoquer la transition écologique alors que des centaines de communautés rurales, en particulier celles de moins de 500 habitants permanents, perdent leurs habitants, leurs services, leur base productive et, en fin de compte, leur avenir.

C’est pourquoi la prochaine Politique agricole commune doit franchir une étape décisive. Elle doit intégrer un pilier spécifique pour les petites communautés rurales de moins de 500 habitants. Une PAC non seulement pour la production, mais pour la survie et la régénération globale du village. Une véritable PAC pour des communautés vivantes.

Car un village ne se maintient pas vivant par le seul champ agricole. Il repose sur tout un tissu de vie : l’agriculteur, mais aussi le café, la petite épicerie-taverne, la petite transformation locale, les ateliers, les nouvelles familles qui choisissent d’y vivre, les itinéraires culturels, les fêtes, la mémoire collective et la présence humaine. Le café et l’épicerie-taverne ne sont pas de simples commerces. Ce sont des infrastructures sociales. Ce sont des lieux de rencontre, d’information, de cohésion et de solidarité informelle. C’est là que bat encore le cœur du village.

La nouvelle PAC doit donc garantir les conditions d’un revenu juste et stable non seulement pour les producteurs, mais aussi pour ceux qui maintiennent ouverts ces espaces essentiels. Par ailleurs, elle ne peut pas traiter toutes les zones rurales de la même manière. L’agriculture mécanisée des plaines est une chose ; les cultures manuelles des petites exploitations de montagne en sont une autre. Dans de nombreuses régions, terrasses, pentes, murets en pierre sèche et difficultés d’accès ne permettent ni machines lourdes ni modèles productifs uniformes. Là, la production repose encore sur la main, l’expérience et la connaissance du territoire. Ces formes de culture ne sont pas des vestiges du passé. Elles sont des systèmes précieux de qualité, de résilience et de protection des paysages.

La nouvelle PAC doit également soutenir les cellules collectives de vie et de développement rural : groupes de producteurs, associations culturelles locales et groupes d’action locale tels que ceux du réseau ANIMA TERRA. Car sans organisation collective, il n’y a pas de véritable revitalisation.

Cette nouvelle PAC doit rendre attractive l’installation et le maintien des jeunes dans les zones rurales : jeunes agriculteurs, entreprises familiales, petites unités de transformation, artisans, artistes et autres professions créatives.

Cependant, les outils financiers ne suffisent pas. Une justice territoriale en matière d’infrastructures est également nécessaire. Les grands fournisseurs d’énergie et de télécommunications, dans le cadre de leur responsabilité sociétale, doivent offrir des retombées concrètes aux petites communautés rurales. Ils doivent soutenir leur intégration dans des communautés énergétiques afin de réduire les coûts pour les ménages, les agriculteurs, les cafés, les épiceries-tavernes et les petites entreprises. De même, ils doivent garantir un internet très rapide et fiable même dans les villages les plus petits et les plus isolés.

L’internet rapide n’est pas un luxe. C’est une condition pour rester et pour revenir. C’est une condition du travail à distance, de nouvelles formes d’entrepreneuriat, de l’accès aux services et des applications de télémédecine qui peuvent être cruciales pour la qualité de vie.

Dans ce contexte plus large, il convient de souligner simplement que, dans certaines régions, se développent déjà — avec des moyens limités mais une forte volonté locale — des coopérations qui cherchent à maintenir les communautés vivantes et à relier la production locale à la culture. C’est dans cet esprit que s’inscrit l’initiative ANIMA TERRA, mise en œuvre par les Routes de l’Olivier sur une base volontaire, avec le monde consulaire, les communautés locales et les associations culturelles.

La vérité est simple : sans jeunes, pas d’avenir. Sans revenu équitable, pas de maintien. Sans café et épicerie-taverne, pas de communauté. Sans culture, pas d’identité. Sans connectivité, énergie abordable et accès aux soins, pas de revitalisation rurale.

La nouvelle PAC doit devenir l’oxygène des communautés vivantes.